Le syndrome de sevrage, est-ce grave?

Valérie Piguet Valérie Piguet le 30 avril 2018

Depuis 6 mois, Monsieur Paul reçoit pour ses douleurs chroniques du dos du tramadol, un (=dérivé faible de la morphine) sous forme de comprimé retard. Il ressent moins de douleurs et décide de partir avec sa femme au bord de la mer.
Dans la fièvre du départ, il oublie de prendre une boite complète de tramadol. Au 5ème jour de son séjour, il n’a plus de comprimés. Comme il ne ressent pas immédiatement d’augmentation des douleurs, il ne s’inquiète pas trop. Mais, dans la nuit il commence à se sentir mal, frissonne, présente des nausées et des douleurs musculaires. Il se sent aussi très irritable. Sa femme pense qu’il a une gastro-entérite et appelle un médecin de garde. Celui-ci diagnostique un syndrome de sevrage et lui donne immédiatement du tramadol sous forme rapide et fait une ordonnance pour que M. Paul puisse poursuivre son traitement et profiter de la Ainsifin de son séjour balnéaire.

Que s’est-il passé ?

Pour être actifs contre les douleurs, la morphine (ou dérivé) va se lier à des récepteurs prêts à la recevoir, appelés les récepteurs opioïdergiques. Un traitement continu et chronique de morphine (ou dérivé) habitue le système nerveux et les récepteurs à recevoir un opioïde, il y a une dépendance physique.
Ainsi, l’arrêt brusque d’un traitement continu de morphine (ou dérivé) provoque des réactions neurologiques complexes indiquant un syndrome de sevrage.

La dépendance physique n’est pas synonyme du syndrome de dépendance (ou d’addiction).
La personne souffrant de syndrome de dépendance ne peut plus contrôler ses comportements de consommation, par exemple elle ne suit pas du tout les doses prescrites par son médecin, elle ressent un besoin incontrôlé de prendre plus de morphine (ou dérivé). L’addiction est une maladie cérébrale chronique qui survient rarement chez les patients recevant de la morphine (ou dérivé) dans le cadre d’une prescription adéquate et contrôlée par un médecin. Ce risque est évalué entre 1% et 6% chez des patients souffrant de douleurs chroniques.

Quels sont les signes d’un syndrome de sevrage aux opioïdes ?

  • Agitation, bâillements, changements fréquents de l’humeur, insomnie
  • Sueurs froides, chair de poule, frissons, éternuement, écoulement nasal et oculaire
  • Douleurs musculaires et articulaires (comme une grippe), maux de tête, tremblements
  • Nausées, vomissement, crampes abdominales, diarrhées
  • Augmentation de la fréquence du cœur (palpitation), et de la tension artérielle

Ces signes apparaissent dans les heures qui suivent l’arrêt de morphine (ou dérivé) sous forme rapide (gouttes, comprimés rapides ou sublinguaux). Ils apparaissent plus tardivement (12h à 24h) après l’arrêt de comprimés retard ou de patchs.

Que faut-il faire devant un syndrome de sevrage ?

  • Le dépister rapidement en connaissant les signes.
  • Reprendre rapidement son traitement habituel de morphine (ou dérivé), en débutant par une forme galénique rapide, par exemple la dose de réserve prescrite, mais sans augmenter les doses habituelles.
  • Appeler son médecin pour discuter de la suite du traitement.

Un syndrome de sevrage dépisté et traité à temps n’est pas grave, mais c’est une expérience éprouvante pour le corps et le moral. Il convient donc de l’éviter.

 

Comment éviter un syndrome de sevrage ?

  • En suivant exactement la prescription médicale de morphine (ou dérivé) en évitant tout arrêt brusque.
  • Si nécessaire, en utilisant un pilulier pour éviter d’oublier des doses.
  • Lors de fortes diarrhées ou vomissements, en les signalant rapidement à votre médecin pour qu’il puisse adapter le traitement.
  • En évitant toute interaction médicamenteuse susceptible d’accélérer l’élimination de la morphine (ou dérivé). Discutez toujours avec votre médecin ou votre pharmacien avant de débuter un autre médicament, y compris de la phytothérapie.
  • Lors d’un voyage, en calculant bien le nombre de comprimés nécessaires pour ne pas interrompre le traitement et si nécessaire en établissant les formulaires pour passer les frontières.
  • Lorsque les douleurs sont moins fortes, en diminuant progressivement les doses selon les recommandations de votre médecin. Si vous recevez un traitement de morphine (ou dérivé) depuis de nombreux mois, la diminution peut durer plusieurs semaines voire mois, mais elle est possible.

Billet rédigé par Dre V. Piguet
Billet relu par Dre A. Oberlin
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par l’auteur et relecteurs.

Références

La morphine. Des réponses à vos questions. Réseau Douleur des HUG.

Syndrome de sevrage. OMS

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Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

6 commentaires

  1. Avatar

    Bonjour,

    Après plusieurs recherche sur le web j en viens à mon tour à laisser un message…
    Après une opération suite à une blessure au couteau au boulot on m a prescrit du tramadol. 100mg en LP.2 fois par jours. Sachant le risque de dépendance j ai fais le choix de n en prendre qu’ un seul uniquement quand la douleur devenait insupportable. Ceci durant 3 semaines. Puis je suis passé au 50mg. 1 fois par jour. J ai cessé dans prendre avant hier. Depuis je déguste. Migraine, inconfort, trouble digestif, saute d humeur… sensation d une grosse grippe intestinale… Je trouve peu d info sur la durée ou le syndrome de manque et ressenti. Je suis passé en pharmacie on me dit que vu la faible dose prise sur un laps de temps aussi court j ai juste une grippe,rien à voir avec un syndrome de manque… moyennement convaincu et surtout agacé de ne pas être prise au sérieux… avez vous une idée du tps que cela peu durée? A cela s ajoute des douleurs intense lié à ma blessure mais je me demande si le corps n est pas en mesure de « simuler » une douleur, ce qui nous ramène à un cercle vicieux de reprise d antalgique… Je vais peut être trop loin… Mais pas assez en confiance pour l aborder de visu avec mon médecin… merci pour le retour.

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    1. Valérie Piguet
      Valérie Piguet 22 mars 2019 à 18 h 44 min

      Comme répondu à plusieurs commentaires, le but de ce blog n’est pas de faire une consultation personnalisée online.
      Je peux vous répondre théoriquement: la diminution progressive en vue d’arrêter un opioïde va dépendre de la dose de l’opioïde, de la durée du traitement, de la prise d’autres médicaments et de la présence d’autres maladies, ainsi que du fonctionnement sous contrôle génétique des enzymes hépatiques qui dégradent le tramadol par exemple. C’est pourquoi il est plus judicieux de faire un sevrage avec l’aide de son médecin. Des syndromes de sevrage ont été décrit avec le tramadol même lors d’un traitement à court terme et à dose faible. La durée du sevrage est variable d’une personne à l’autre. Je vous encourage à en parler avec votre médecin et aussi de discuter de la prise en charge de vos douleurs.

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  2. Avatar

    Bonjour,
    Je prends du TRAMADOL 200 matin et soir depuis 11 ans mais voilà je ne veux plus de dépendance médicamenteuse. Mon corps réclame mais ma tête dit non c’est très désagréable ! Malheureusement j’ai toujours mal dû à ma pathologie. J’en ai parlé à mon médecin. Pour lui, il n’y a pas de dépendance avec le TRAMADOL. Il a ajouté que j’avais un terrain addictif. J’étais et je suis dépitée. Alors comment faire ?

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    1. Valérie Piguet
      Valérie Piguet 22 mars 2019 à 18 h 48 min

      Comme répondu à plusieurs commentaires, le but de ce blog n’est pas de faire une consultation personnalisée online.
      Je vous encourage à prendre contact avec un médecin dans une structure spécialisée dans la prise en charge des douleurs complexes. En france vous trouverez les adresses sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santé: https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/prises-en-charge-specialisees/douleur/les-structures-specialisees-douleur-chronique/article/les-structures-specialisees-douleur-chronique-sdc

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  3. Avatar

    Bonjour, pourriez-vous me dire comment arrêter, pour se sevrer définitivement ?

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    1. Valérie Piguet

      Cher Monsieur
      Je ne peux pas vous donner une recette qui serait valable pour tous les médicaments.
      Un principe général est que plus on a pris longtemps un médicament, plus le sevrage va prendre du temps, mais il sera possible d’arrêter définitivement le médicament.
      Un sevrage ne se fait pas seul, demandez l’aide de votre médecin.

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