Pourquoi même la morphine ne me soulage pas?

Valérie Piguet Valérie Piguet le 1 décembre 2016

C’est surprenant, dans certaines situations, la morphine ou les autres opioïdes forts ne peuvent soulager les douleurs. On vous explique pourquoi.

La morphine et ses récepteurs

On appelle opioïdes forts la morphine et les autres molécules de sa famille, par exemple l’oxycodone ou le fentanyl.

Les opioïdes forts se lient sur des récepteurs spécifiques, appelés récepteurs opioïdergiques, situés à la surface des neurones. mo-recepteur

Les neurones possèdent donc naturellement des récepteurs qui peuvent fixer des opioïdes fabriquées par le corps (par exemple les endorphines) et des opioïdes venant de l’extérieur par exemple la morphine.

Les neurones sont les cellules dans le système nerveux qui transportent les messages comme le toucher (en bleu) ou la douleur (en rouge).

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Lorsque les opioïdes forts occupent leurs récepteurs, ils modifient le transfert des messages douloureux dans le cerveau. Cette action a  lieu au niveau des neurones de la moelle épinière et du cerveau.

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La morphine sur son récepteur diminue la douleur aiguë

La morphine et les opioïdes forts sont principalement efficaces contre les douleurs aiguës, par exemple les douleurs postopératoires ou les douleurs lors de fractures. Ils diminuent très fortement les messages douloureux provenant de la plaie chirurgicale ou de l’os fracturé.

Cependant, la morphine et les autres opioïdes forts ne soulagent pas TOUTES les douleurs.

 

Douleurs chroniques ou persistantes

Certaines douleurs, en particulier les douleurs chroniques, présentent des mécanismes complexes dont certains échappent à l’action de la morphine et des autres opioïdes forts.

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Multiples mécanismes à la base des douleurs chroniques

Dans les douleurs chroniques que se passe-t-il ?

Au niveau du système nerveux

Par exemple, à la suite d’une lésion d’un tissus qui persiste, d’une lésion d’un nerf ou d’un stress important, d’autres mécanismes que ceux impliqués dans la douleur aiguë se développent.
Ces mécanismes modifient les voies nerveuses s’occupant des messages douloureux et sont responsables de la chronicité et de la diffusion de la douleur. Ces multiples mécanismes ne reflètent plus les lésions des tissus. On parle alors de sensibilisation centrale.
Attention, ces modifications du fonctionnement des voies nerveuses ne sont pas forcément liées à une aggravation des lésions des tissus à la périphérie, comme les muscles, les os ou les articulations.

Au niveau de la personne

Les douleurs sont diffuses dans une partie ou tout le corps.
Une hypersensibilité se développe, c’est-à-dire qu’une légère pression devient douloureuse.
Certains médicaments contre les douleurs deviennent inefficaces.
Des émotions et des pensées négatives s’amplifient, augmentant ainsi également la perception de la douleur.
Les activités de la vie quotidienne, les contacts familiaux et sociaux peuvent devenir de plus en plus difficiles et limités.
Le risque de problèmes professionnels, économiques et assécurologiques (liés aux assurances) augmente.

Ainsi la morphine, comme les autres opioïdes forts, ne sont pas efficaces contre tous les mécanismes impliqués dans les douleurs chroniques.

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Multiples mécanismes à la base des douleurs chroniques qui ne répondent pas tous à l’action de la morphine

Contre les douleurs chroniques, la morphine et les opioïdes forts ne sont pas la seule solution.
Parfois même, la morphine et les opioïdes forts ne sont pas du tout recommandés.
Ils doivent être associés à d’autres traitements dans une approche globale combinant plusieurs types d’approches.

 

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Approche multimodale de la douleur

 

Liens internes : https://atelierantalgie.com/2014/04/01/la-substance-active-definition/
Liens externes : Brochure des HUG. La morphine. Des réponses à vos questions.
http://www.hug-ge.ch/sites/interhug/files/documents/morphine_09_11.pdf
Société Française pour l’Etude de la Douleur. Opioïdes. http://www.sfetd-douleur.org/opioides

Références
Woolf CJ. Central sensitization: implications for the diagnosis and treatment of pain. Pain. 2011
En libre accès sur Internet: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3268359/
Argoff C. Mechanisms of pain transmission and pharmacologic management. Curr Med Res Opin. 2011 Oct;27(10):2019-31

Billet rédigé par la Dre V. Piguet
Billet relu par Dr L. Gschwind, Dr C. Luthy, Mme AS Marque, Mme V. Mainardi et trois personnes non professionnels de la santé
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par les auteurs et relecteurs.

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Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

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