Mon patch me démange

Valérie Piguet Valérie Piguet le 23 février 2018

Contre de fortes douleurs, votre médecin vous a prescrit un patch contenant un opioïde (= un dérivé de la morphine)
qui s’appelle buprénorphine ou fentanyl.
Les premières semaines se sont bien passées, mais après plusieurs applications, votre peau devient rouge autour du patch et vous démange tellement que vous aimeriez l’ôter.

Que se passe-t-il ?

Le patch a provoqué une réaction appelée une dermatite de contact, une réaction cutanée qui n’est pas grave.
C’est une réaction inflammatoire de la peau qui peut être déclenchée par le contact avec de nombreuses substances de notre environnement quotidien (shampoing, cosmétiques, produits d’entretien…), mais aussi avec les produits adhésifs ou plus rarement les substances actives contenues dans les patchs.

La dermatite de contact peut être :
allergique : la réaction inflammatoire ne survient pas lors de la pose du premier patch, mais après plusieurs applications de la substance à laquelle on est allergique.

irritative : la réaction inflammatoire de la peau survient après des contacts physiques ou chimiques répétés.

Dans les deux cas, on remarque autour du patch une rougeur rarement associée à des vésicules. On ressent des démangeaisons et parfois une sensation de brûlure.

La substance qui déclenche la réaction allergique ou irritative peut-être :
– la substance active, c’est-à-dire l’opioïde qui soulage les douleurs, appelé buprénorphine ou fentanyl
– les excipients dans lesquelles les opioïdes sont dissous et ceux qui permettent l’adhésion à la peau
– le film plastique protecteur du patch

On ne peut pas différencier en regardant la réaction de la peau si la réaction cutanée est allergique ou irritative.
En général, les réactions irritatives sont les plus fréquentes.

Pour prouver une réaction allergique, il faut faire des tests spécifiques chez l’allergologue qui cherchera à déterminer si vous êtes allergique à l’opioïde, ou aux autres substances contenues dans le patch.
En cas d’allergie à la buprénorphine ou au fentanyl, votre médecin cherchera une allergie à d’autres opioïdes, mais une allergie à tous les opioïdes est très rare. Des patients ayant présenté une allergie à la buprénorphine ont toléré un patch de fentanyl ou un traitement de tramadol, morphine ou oxycodone par voie orale.

Ce qu’il faut faire

Pour prévenir une dermatite de contact irritative, il convient de :
– Faire une rotation des sites d’application, par exemple débuter par le haut du bras droit, puis le haut du thorax à droite, le haut du thorax gauche et le haut du bras gauche.
– Juste avant la pose du patch, nettoyer la peau avec un chiffon sec, éviter l’utilisation d’un savon, gel douche ou crème.
– Bien hydrater la peau, mais ne pas appliquer le patch juste après l’application d’une crème hydratante, lotion, huile ou poudre.
– Ne pas appliquer le patch sur une peau lésée ou irritée (par exemple après rasage, coup de soleil ou irradiation).
– Ôter délicatement le patch pour ne pas léser la peau.

En cas d’apparition de rougeur et démangeaisons sur un site , il convient de
– Ôter délicatement le patch et coller un nouveau patch sur une autre région du corps et demander l’avis de votre médecin.
Il sera fréquemment possible de poursuivre le traitement en appliquant un nouveau patch dans une autre région. En cas de dermatite de contact irritative, la réaction inflammatoire disparaît en quelques jours et n’apparaît pas aux autres endroits d’application.

En cas d’apparition de rougeur et démangeaisons dans plusieurs localisations d’application, une allergie peut être suspectée, alors il faudra avec votre médecin trouver une alternative pour traiter vos douleurs et éviter un syndrome de sevrage. La réaction inflammatoire allergique disparaît à l’arrêt de l’exposition du produit.

Avez-vous une expérience personnelle avec un patch ? Vous pouvez la décrire 

Billet rédigé par Dre V. Piguet
Billet relu par Dre O. Braillard, Dre A. Oberlin et Mme A. Soukal
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par l’auteur et relecteurs.

Références
Aha peau saine
Patch contre la douleur. Réseau Douleur des HUG
ANSM santé : Liste des excipients à effet notoire
Pharmacie HUG : toxicité des excipients en pédiatrie

 

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Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

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