La constipation due aux opioïdes

Valérie Piguet Valérie Piguet le 26 mars 2018

Docteur ! Depuis que vous me donnez de la morphine, je ne vais plus aux toilettes, mes selles sont dures, ça fait mal et j’ai le ventre gonflé. Expliquez-moi…

Les opioïdes (morphine et ses dérivés) sont des médicaments utilisés pour le traitement de la douleur. Cependant, ils induisent des effets indésirables notables : le plus fréquent étant la constipation.

Mais alors, pourquoi une substance qui soulage ma douleur m’empêche-t-elle aussi d’aller aux toilettes ?

La morphine (M) sur son récepteur

Les opioïdes comme la morphine se fixent sur des récepteurs spécifiques (appelés récepteurs opioïdergiques).

– Les récepteurs opioïdergiques centraux se situent dans le cerveau et dans la moelle épinière.
– Les récepteurs opioïdergiques périphériques se trouvent dans le reste du corps, notamment au niveau du tube       digestif.

 

Effet central
Lorsque les opioïdes se fixent sur leurs récepteurs au niveau du cerveau et de la moelle épinière, ils diminuent la sensation de douleur et induisent l’effet antalgique recherché par le traitement. Les opioïdes n’agissent donc pas (ou peu) là où se situe la douleur (au niveau de la plaie, de la prothèse ou de la tumeur par exemple).

Effet périphérique
En se fixant également au niveau du tractus gastro-intestinal, les opioïdes provoquent les effets indésirables au niveau digestif.

 

L’action des opioïdes sur les récepteurs centraux induit l’effet antalgique. Ces mêmes récepteurs au niveau périphérique induisent les effets indésirables digestifs.

D’accord, la morphine agit à la fois sur mon cerveau et sur mon tube digestif, mais pourquoi constipe-t-elle ?

La morphine et ses dérivés se fixent sur les récepteurs aux opioïdes présents dans l’ensemble du système digestif. Ces récepteurs sont particulièrement abondants au niveau du colon (gros intestin). Les opioïdes agissent sur les mouvements du colon et sur la réabsorption de liquide.

Le colon n’est pas un simple tube immobile et passif. Cet organe produit deux types de mouvements bien distincts. Tout d’abord, le colon brasse les aliments afin de terminer la digestion. Ensuite, il se contracte plus fortement afin de propulser le bol alimentaire vers le rectum.
– Les opioïdes stimulent les mouvements de brassage et cela retarde la progression des aliments le long du tube digestif.
– Les opioïdes réduisent les mouvements propulsifs servant à faire avancer les aliments.
– De plus, les opioïdes rendent les selles dures et sèches. Ils augmentent l’absorption de liquide dans le tractus gastro-intestinal. Cette diminution de liquide dans le tube digestif  »assèche » les selles.
En résumé, la morphine et ses dérivés ralentissent le transit de la nourriture et réduisent l’émission des selles.

À gauche : Transit normal du bol alimentaire à travers le colon.                                           À droite : Constipation due aux opioïdes.

Si j’ai bien compris, mes selles sont bloquées dans mon colon et sont toutes dures, mais alors comment puis-je améliorer mon transit ?

Lors d’un traitement aux opioïdes, la prévention est le meilleur moyen de lutter contre la constipation.

Des laxatifs spécifiques (comme le bisacodyl ou extrait de bourdaine combiné avec le lactulose ou lactitol ou macrogol) vous seront prescrits durant toute la durée du traitement. Ainsi, il est nécessaire de prendre quotidiennement le traitement laxatif même si votre transit fonctionne tout à fait normalement.
Comme le dit si bien l’adage populaire : « La main qui prescrit un opiacé, prescrit le laxatif ».
Boire suffisamment (1,5-2 litres par jour) et pratiquer une activité physique (dans la limite de vos possibilités) stimule votre transit et contribue à lutter contre la constipation.
Une alimentation riche en fruits et légumes est recommandée. Cependant, il est déconseillé de consommer des laxatifs sous forme de fibres ou de mucilages (comme le Plantin psyllium, son, graine de lin), qui combinés aux opioïdes, provoquent l’effet inverse et aggravent la constipation.

Mesures à adopter afin de prévenir une constipation due aux opioïdes.

Si malgré toutes ces mesures une constipation se développe, un traitement laxatif plus spécifique sera adapté à vos besoins par votre médecin.

Et vous connaissez-vous d’autres astuces pour lutter contre la constipation ? Partagez-les

Billet rédigé et illustré par Mme Marion Franzosi, étudiante en médecine
Billet relu par Prof. C. Luthy, Dre C. Cedraschi et Dre V. Piguet
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par l’auteur et relecteurs.

Références

La morphine. Des réponses à vos questions. Réseau Douleur des HUG

Les selles et leur mystère. Planète Santé

Effets secondaires des opioïdes: agir contre la constipation tout au long du traitement. Institut National du Cancer

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Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

2 commentaires

  1. Bonjour Docteur pour ma part la constipation c’est plus difficile avec les patchs de morphine que les gouttes ou comprimé et c’est plus facile à gérer.

    Salutations Guy Vouilloz

    Répondre

    1. Valérie Piguet
      Valérie Piguet 27 mars 2018 à 13 h 25 min

      Cher Monsieur
      Je vous remercie de partager avec nous votre observation.

      Répondre

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