Antalgiques et conduite automobile : quelle marche à suivre ?

Valérie Piguet Valérie Piguet le 20 décembre 2017

Conduire un véhicule ou une machine après la prise d’un antalgique, par exemple un opioïde, peut être dangereux.
En effet ces médicaments agissent sur le cerveau, et provoquent des modifications des facultés nécessaires pour la conduite.

Vous roulez dans votre voiture pour aller faire vos courses. Tout à coup surgit sur la route un petit chat gris. Alors tout va très vite : vous réalisez ce qui est en train de se passer et réagissez. Vos yeux vous ont permis de voir le chat et de transmettre l’information à votre cerveau.

chef orchestre

 

Ce dernier devient le chef d’orchestre de la situation.
Il analyse la distance qui vous sépare du chat, planifie les mouvements de votre corps nécessaires à l’arrêt de la voiture, envoie des signaux à vos muscles pour déplacer votre jambe droite sur le frein et freiner de toutes vos forces pour vous arrêter à temps.

Conduire est une activité complexe qui demande de nombreuses capacités 

– Des capacités stratégiques et analytiques : par exemple se concentrer, choisir un itinéraire ou prendre une décision en fonction de l’environnement comme la survenue d’un petit chat sur la route.
– Des capacités psychomotrices : pour manipuler les commandes et réagir correctement à la situation, par exemple voir le petit chat et freiner à temps pour ne pas l’écraser.voiture cerveau
L’usage de nos capacités à penser, prévoir, analyser et coordonner nos gestes en fonction de la situation sont ainsi mises à rude épreuve lors de la conduite automobile.

C’est grâce à notre cerveau que nos yeux et nos muscles travaillent en harmonie pour que notre conduite automobile se passe bien.

Que se passe-t-il alors lorsque l’activité du cerveau est affectée dans son travail par un médicament ?

Prenons par exemple un opioïde comme la morphine : celle-ci agit directement sur le cerveau et son action à ce niveau peut diminuer les capacités à conduire une automobile ou tout autre véhicule. En effet, tous les opioïdes et les autres médicaments de la catégorie II peuvent induire une sédation et diminuer de ce fait la vigilance, le temps de réaction, et perturber le sens de l’orientation et les mouvements.

Généralement, ces effets indésirables apparaissent car le corps n’est pas habitué au médicament. Au fil du temps, le corps va apprendre à vivre avec le médicament et ces effets indésirables ne seront plus aussi importants. Après un certain temps, les effets néfastes pour la conduite diminuent et on peut envisager de reprendre la conduite avec l’accord de son médecin.

Que dit la loi Suisse à ce sujet ?

La loi suisse sur la circulation routière (LCR, Art. 31) définit l’incapacité de conduire : « toute personne qui n’a pas les capacités physiques ou psychiques nécessaires pour conduire un véhicule parce qu’elle est sous l’influence de l’alcool, de stupéfiants, de médicaments ou pour d’autres raisons, est réputée incapable de conduire pendant cette période et doit s’en abstenir ».
Comme les médicaments de la catégorie II et III sont des médicaments et qu’ils agissent sur nos capacités physiques et psychiques, il convient aux conducteurs de définir leur capacité de conduire avec l’aide de leur médecin, .

Attention: En Suisse, contrairement à la France, les médicaments pouvant avoir un impact sur la conduite ne sont pas clairement identifiables au premier coud d’œil sur l’emballage. Il est nécessaire de consulter la notice d’emballage et en cas de doute demandez à votre médecin ou pharmacien.

Sécurité au volant et médicaments : marche à suivre

Stick Figure Series Green Woman / to do Liste1. Identifiez dans le tableau la catégorie à laquelle appartient le médicament que vous prenez. Si ce médicament ne figure pas dans la liste, demandez à votre médecin ou votre pharmacien
2. Informez votre médecin que vous souhaitez conduire parallèlement à la prise d’un médicament de catégorie II et III.
3. Après le début d’un traitement ou la modification d’un traitement déjà en cours, respectez les délais définis par votre médecin durant lesquels vous ne pouvez pas conduire.
4. Si vous remarquez un effet indésirable (par exemple somnolence, difficultés de concentration, vertiges, troubles visuels) survenant lors de la conduite suite à la prise d’un nouveau médicament, arrêtez de conduire et parlez-en rapidement avec votre médecin ou votre pharmacien.
5. Si vous prenez déjà un traitement médicamenteux, adressez-vous à votre médecin ou votre pharmacien en cas de prise d’un nouveau médicament sans ordonnance, pour éviter des interactions médicamenteuses diminuant votre capacité de conduite.
6. N’associez pas d’autres substances, en particulier l’alcool et le cannabis, au(x) traitement(s) déjà en cours.

 

Billet rédigé par Mme Z. Waldmann
Billet relu par les Dre.C. Cedraschi, L. Gschwind, V. Piguet et Mme L. Gelli
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par l’auteur et relecteurs.

Références
Loi Fédérale sur la Circulation Routière (LCR)
TCS. Médicaments au volant.
Recommandations sur Mymedi.ch
ANSM : Médicaments et conduite automobile : de nouveaux pictogrammes plus informatifs
Afssaps : Médicaments et conduite automobile
ICADTS

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Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

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