Une Histoire Stupéfiante – Partie 1 : l’opium dans l’Antiquité

Virginia Mainardi le 16 mars 2017


Mais, d’abord, d’où vient l’opium?

L’opium est obtenu à partir du latex du pavot (Papaver Somniferum), plante originaire d’Europe et d’Afrique du Nord. Le latex est produit par une incision de la capsule qui libère alors un liquide blanc qui est l’opium brut.
Le pavot à opium est cultivé à large échelle de manière légale et strictement contrôlée pour la production de morphine médicale, mais aussi illégalement pour des laboratoires clandestins pour la production illicite.

Pavot à Opium

« Plante de la joie » à Sumer

Les premières traces de son utilisation remontent aux Sumériens, environ quatre mille ans avant notre époque. Ce peuple de la Mésopotamie définissait l’opium avec un idéogramme qui signifiait « Hul Gil » , à savoir « plante de la joie », en référence aux propriétés euphorisantes de cette fleur.

Ensuite l’Egypte

Le Papyrus d’Ebers est un témoin de son usage par les Égyptiens. Ce Papyrus constitue une sorte de traité médical de l’époque qui décrit différents remèdes à base de plantes parmi lesquelles on retrouve l’opium. Le Papyrus recommandait son utilisation en tant qu’analgésique pour soulager les douleurs et en tant que sédatif pour calmer les pleurs des enfants.
Les pharaons utilisaient aussi l’opium pour ses propriétés psychotropes: modifier l’état de conscience, altérer, inhiber ou amplifier les sensations. Les fleurs de pavot sont fréquemment dessinées sur les fresques des tombes des pharaons, attestant de leur culture dans les jardins royaux.

Puis la Grèce et Rome

Hippocrate, médecin grec considéré comme « le père de la médecine », reconnait lui aussi les propriétés thérapeutiques antidiarhéiques et hypnotiques de l’opium.
Dans la culture grecque, l’opium était également utilisé à des fins spirituelles, pour échapper à la réalité et faciliter le contact avec le divin.
Autant les Egyptiens que les Grecs connaissaient le risque mortel de l’opium en cas de surdosage. Le poison que Socrate avala à la suite de sa condamnation contenait un mélange de plantes dont de la ciguë, mais aussi de l’opium.

La mort de Socrate par ciguë et opium

La mort de Socrate Jacques – Louis David

À travers ses conquêtes des villes grecques et la venue de médecins grecs, la Rome antique adopta l’utilisation de l’opium.
Au cours du premier siècle après J.C, l’opium est décrit pour la première fois de manière scientifique par Dioscoride, médecin, pharmacologue et botaniste grec vivant à Rome. Dans son ouvrage « Materia Medica« , il présente de nombreux remèdes à base de plantes parmi lesquelles figure l’opium. Ce manuel se propagea, fut recopié et traduit en plusieurs langues. Et devint ainsi « la bible » en matière de pharmacologie jusqu’à la Renaissance. Environ un siècle plus tard, un compilateur inconnu enrichit le texte avec une série de dessins en couleur de la plupart des plantes décrites dans le « Materia Medica« .
Claude Galien, renommé médecin grec de l’Antiquité, et père de tous les pharmaciens, travaillait à Rome. Il soulageait ses patients, y compris plusieurs empereurs, de divers maux à l’aide de la « thériaque« , mélange de très nombreuses substances minérales, animales et végétales, dont l’opium. Différentes variantes de la thériaque furent utilisées jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

…et dans la mythologie

L’opium apparaît également dans la mythologie grecque et romaine. La fleur du pavot était liée à des divinités telle que la déesse Déméter. Le mythe veut que Déméter, déesse protectrice de l’agriculture et des moissons, utilisait l’opium pour soulager sa souffrance liée à l’enlèvement de sa fille Perséphone par le dieu Hadès.

Fragment de marbre grec exposé au Louvre

Homère, poète grec auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, parle de l’opium comme d’une substance qui « calme toute colère et fait oublier toute douleur » lorsqu’il décrit le Népenthès, une boisson sensée faire oublier tous les chagrins.
La plante est également présente dans les mains de Morphée, dieu des songes et de son père Hypnos, dieu du sommeil. Grâce à ses ailes, Morphée pouvait parcourir le globe et distribuer les fleurs de pavot au coucher du soleil pour donner le sommeil aux humains.

La suite dans un mois…

Billet rédigé par Mme Mainardi V.
Billet relu par Mme Marque AS, Dre. C.Cedraschi et Mme S. Soumaille et Mme Marie-France Hamou
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par les auteurs et relecteurs.

Références
Wikipedia, Pavot somnifère
Joëlle Magnin-Gonze. Histoire de la botanique. Edition Delachaux et Niestlé, 2015
Rosso AM. Poppy and opium in ancient times : remedy or narcotic ?. Biomedicine International 2010;1:81-87 (en anglais)
Dorie M. Les plantes magiques de l’Odyssée. Revue d’histoire de la pharmacie. 1968
En italien: Le droghe nei secoli
En italien: Morfina, breve storia di un farmaco
Reproduction de la peinture de Jacques-Louis David (1787): La mort de Socrate. Exposé au Metropolitan Museum of Art
Fragment de marbre grec exposé au Louvre

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Publié par Virginia Mainardi

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