Un combat solitaire pour quitter les opioïdes

Valérie Piguet Valérie Piguet le 16 février 2017

Une expérience traumatisante

Dans son article publié dans Health Affairs en 2017, Travis Rieder, un jeune chercheur en bioéthique de Baltimore y relate son expérience traumatisante des suites de son accident de la route de 2015.

La prescription d’opioïdes

Son pied gravement mutilé a nécessité de nombreuses opérations qui ont, heureusement, pu éviter une amputation. Durant ses nombreux séjours à l’hôpital, il reçoit plusieurs opioïdes – morphine fentanyl, oxycodone et hydromorphone – sous différentes formes galéniques – intraveineuse, orale rapide et retard. Durant toute cette période, il décrit s’être senti confus, distant de la réalité et vivant parfois des cauchemars, mais sans être vraiment soulagé. Ses douleurs diminuent lorsqu’il reçoit, en plus des opioïdes, de la gabapentine contre la composante neurogène de ses douleurs.
Par la suite, de retour chez lui, il augmente régulièrement les doses d’opioïdes, sans réaction des médecins qui lui fournissent les ordonnances. Il avoue que ces augmentations étaient liées non seulement à une tolérance, mais aussi à la peur d’avoir à nouveau aussi mal que dans les premières semaines après l’accident.

Le sevrage

Environ 2 mois après, un chirurgien est surpris par les doses élevées des opioïdes et lui recommande fortement de les stopper, en le référant à un autre chirurgien pour le faire. Ce dernier lui propose une diminution rapide sans suivi médical de sa part. Durant les quatre semaines de sevrage, Travis Rieder vit ce qu’il décrit être l’enfer : des nausées et vomissements l’empêchant de manger, des crises de larmes, des douleurs musculaires diffuses, une insomnie et des idées noires. Il contacte plus de 10 médecins sans recevoir d’aide adéquate, mais de vagues conseils, ou pire des refus de le prendre en charge.

Depuis, il a appris qu’il existe des règles pharmacologiques pour diminuer progressivement les opioïdes ainsi que des médicaments pour alléger les symptômes de sevrage.

En fin d’article Travis Rieder soulève le problème éthique d’avoir dû traverser quatre semaines très éprouvantes tant du point de vue physique que psychique, alors que les moyens de l’éviter existent.

Quatre conseils aux patients recevant un traitement d’opioïdes après un accident ou une opération

  • Dès la prescription d’opioïdes, demandez à votre médecin s’il vous accompagnera pour les diminuer, s’il ne peut pas, demandez lui alors qui pourra le faire.
  • Choisissez alors un seul médecin prescripteur de votre traitement d’opioïdes qui vous suivra aussi pour les diminuer.
  • Les douleurs postopératoires ou post-traumatiques nécessitent rarement une augmentation des doses des opioïdes une fois rentré à domicile. Si vous ressentez plus de douleurs, n’augmentez pas les doses des opioïdes sans en discuter avec votre médecin pour déterminer la ou les causes : tolérance, interaction médicamenteuse, aggravation physique, épuisement psychique ou peur de la douleur.
  • Diminuez les opioïdes en collaboration avec votre médecin, suivez son schéma dégressif, même si la diminution vous semble lente.

Références
Rieder T.N. Health Aff 2017;36 :182-185
La morphine, parlons-en. Réseau douleur des HUG
Mise au point sur le bon usage des opioïdes forts dans le traitement des douleurs chroniques non cancéreuses. Afssaps

Billet rédigé par Dre V. Piguet
Billet relu par Dre B. Rehberg et la Dre. O. Braillard
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par les auteurs et relecteurs.

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Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

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