Un antidépresseur contre la douleur ? vraiment docteur?

Valérie Piguet Valérie Piguet le 9 février 2017

Monsieur L. souffre de douleurs dans le bas du dos, avec des lancées et des sensations de fourmillements dans la jambe. Il est consulte son médecin qui lui prescrit des médicaments.En rentrant, il lit la notice d’un des médicaments et s’aperçoit qu’il s’agit d’un antidépresseur.

Quoi, un antidépresseur ?

anti-depresseurs douleurs
Troublé, il se demande « mais enfin, il me croit ou pas ? » « Il pense que c’est dans la tête que j’ai mal? » « Sinon, pourquoi me donner un antidépresseur ? Je n’ai pas de problèmes psychologiques, j’ai mal au dos et à la jambe… même si des fois, toutes ces douleurs, me tombent sur le moral »
« Bon alors je ne vais pas le prendre »
Monsieur L decide donc de ne pas prendre le médicament, mais n’ose pas en parler à son médecin.

Pourquoi le médecin a-t-il prescrit un antidépresseur ?

Plusieurs études scientifiques ont montré que les antidépresseurs agissent sur les voies de la douleur, c’est-à-dire qu’ils diminuent la transmission du message douloureux vers le cerveau. Les antidépresseurs ont donc un effet antidouleur même si le patient n’est pas dépressif.
En pratique, les antidépresseurs mettent du temps avant de produire leurs effets anti-douleur. En effet, il faud donc attendre 2 à 3 semaines pour savoir s’ils ont un effet bénéfique. Par contre, on sait aussi que les effets indésirables des antidépresseurs surviennent plus vite et qu’il faut s’attendre à ressentir éventuellement des sensations de vertiges, de de somnolence ou des nausées par exemple. Cependant, l’expérience montre que ces effets se dissipent fréquemment.

Les antidépresseurs ne sont pas des médicaments-miracles, et il ne faut donc pas en attendre des effets de disparition complète des douleurs, surtout si ces dernières durent depuis longtemps.

La morale de cette histoire

La prescription d’un antidépresseur n’a rien à voir avec une remise en cause de la réalité des douleurs. Si le médecin prescrit un antidépresseur, ce n’est pas parce qu’il pense que les douleurs ne seraient pas « vraies ou que le patient exagère »

Nos conseils

N’ hésitez pas à poser des questions à votre médecin quand vous avez un doute sur un traitement – laisser planer un malentendu n’est pas profitable à votre relation avec votre médecin.
Il est toujours dommage, et inutile, de rester avec ses doutes ou son impression de ne pas être pris au sérieux, surtout si on perd la confiance qu’on avait placée dans son médecin.

Une remarque

Les notices d’emballage ne mentionnent que rarement l’ effet anti-douleur des antidépresseurs qui est peu et mal connu. C’est là autre très bonne raison de revenir vers son médecin pour poser des questions.

Références

Cedraschi C et al. Les médicaments – des molécules et des relations. Revue Médicale Suisse 2006
Cedraschi C et al. Utilisation des antidépresseurs chez les patients souffrant de douleurs chroniques: quelle congruence entre prescription et notice d’emballage? Douleur et Analgésie 2001

Billet rédigé par Dre C. Cedraschi
Billet relu par Dre V. Piguet, Mme Anne Oberlin Perritaz, Dr. C. Luthy
Aucun conflit d’intérêt n’est rapporté par les auteurs et relecteurs.

Partagez cet article

Valérie Piguet

Publié par Valérie Piguet

Médecin adjoint dans le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des Hôpitaux Universitaires de Genève. Médecin responsable de la consultation ambulatoire d'évaluation et de traitement de la douleur.

2 commentaires

  1. Bonjour,
    J’ai pris du saroten retard pendant 20 ans après une opération d’hernie discale.
    J’en ai eu marre de ce médicament est diminué très doucement pour finir par l’arrêter.
    J’ai ete sans saroten pendant 7 semaines et j’étais très content d’avoir réussi à l’arrêter.
    Avec le saroten, je fais un peu d’anxiété généralisée et après l’arrêt plus d’anxiété j’etait très détendu, je m’inquiétais de rien, libre dans ma tête.
    Par contre le mal de dos fut de retour et j’étais sur le point de ne plus pouvoir aller au travail.
    J’ai décidé de le reprendre 25mg et mes douleurs sont moins forte.
    Par contre je refais de l’anxiété généralisée pour un rien et j’ai des sensations de suicide.
    Que faire? Douleur ou anxiété?
    Existe-t-il autre chose pour la douleur neuropathique?
    Mon disque intervertébral L4L5 est douloureux et je ne peux comme cela.
    Que faire?
    Merci pour vos réponses

    Répondre

    1. Valérie Piguet
      Valérie Piguet 28 juin 2017 à 19 h 58 min

      Votre problème soulève le problème complexe de la prise en charge des douleurs chroniques neuropathiques avec certainement une installation d’une sensibilisation centrale. Le seul médicaments qui est actuellement efficace contre vos douleurs provoque même à faible dose une intolérance médicamenteuse avec répercussion psychiatrique. Comme je vous l’ai indiqué dans un mail personnel, il y a d’autres possibilités de prendre en charge ces douleurs et je vous propose de vous rendre dans une consultation spécialisée près de chez vous.

      Répondre

Répondre à Valérie Piguet Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *